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:: Amazight : écologie linguistique ::

 
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hibou57
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MessagePosté le: Jeu 1 Mai - 05:10 (2008)    Sujet du message: Amazight : écologie linguistique Répondre en citant

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L’amazighe à l’école et l’écologie linguistique au Maroc: questions et conjectures

Par: Hassan Banhakeia (Université d’Oujda)

Quand on parle de sa langue maternelle, il n'est pas possible de fixer objectivement un seuil théorique à partir duquel on pourrait expliquer l'état de la langue, ni de prédire son évolution dans toutes ses transformations. La voix devient subjective. Cette langue n'est point vue comme un objet inerte, mais comme un être total.

Au Maghreb, dans le cas de l'amazighe, quand on revendique tamazight à l'école et dans les administrations, l'amazighité dans la Constitution, il apparaît aux yeux des autres comme si on demandait un «retour en arrière», un retour vers la «jahiliyya» amazighe, nord-africaine. Au fait, rappelons que toutes les langues sont égales, mais mises chacune dans un contexte précis qui détermine soit son expansion soit son déclin. Dans cet espace, il y a une diversité de langues, parmi lesquelles il faut citer tamazight en tant qu'unique langue qui encourt le danger de l'effacement, aux côtés de l'arabe et du français qui sont «langues protégées». L'écologie linguistique, à juste titre, préserve la langue dans son environnement. Quand une langue, un être ou un objet disparaît, l'écologiste fait tout pour arrêter ce mouvement de destruction humaine. Quand une langue étrangère «exogène» domine la langue maternelle et locale celle qui véhicule le savoir et définit l'être dans ses différents rapports au monde, on parle alors de pollution linguistique, et l'écolinguiste analyse objectivement le statu quo…

Je voudrais, ici, avancer quelques remarques simples à propos de l'écologie linguistique et de la nouvelle situation dans l'enseignement marocain: l'introduction de l'amazighe.



1.- De l'écologie officielle glottophage…

Cet article est le fruit de quelques lectures de sociolinguistique, d'ailleurs les concepts utilisés sont propres à Louis-Jean Calvet à propos de l'écologie de la langue(1). Mais, ce qui est directement derrière cette «réflexion» est bien une récente lecture d'un texte de «sociolinguistique»(2), de voix ténue, écrit par un des auteurs de la «Charte». Le texte est publié au moment même où tous les marocains se préparent «physiquement et mentalement» à la régénération de la langue amazighe dans les couloirs des écoles et des collèges. Cette langue «première» va enfin sortir de son «intimisme», embrasser l'extérieur, l'institutionnel et le formel.

Quel est le nouveau discours du Ministère de l'éducation nationale à propos de l'amazighité? Nous n'avons rien vu. Après la répression, qu'est-ce qui s'est passé pour repenser cet acte de destruction culturelle et linguistique? Et les citoyens restent attentifs à ce qui va se tracer enfin sur le tableau noir. Et pensifs aux contours variables de la craie blanche: va-t-elle fonder tamazight dans le système éducatif? Va-t-elle fondre tamazight dans le système? L'on prépare tohu-bohu l'introduction de tamazight à l'école publique, en avançant des projets «prometteurs» maintenus par des discours décousus: «nous allons faire», «nous essayerons de» ou «il faut savoir patienter»… Après l'enseignement, qu'est-il de l'administration et de l'institution? et de l'économie? Une réforme totale est nécessaire pour déclarer la réconciliation avec l'être profond des marocains.

Et le grand écolinguiste marocain, sans jamais se lasser de se lamenter sur le sort du fort, ose définir (prédire scientifiquement) les statuts des langues dans cette école marocaine:

«La langue arabe, langue de civilisation universelle et d'histoire, gagnera à devenir une langue pleine de vie, rénovée, simplifiée, à pédagogie pleinement moderne et à portée quotidienne. Les idiomes amazighs devraient naturellement trouver place dans notre enseignement, notre diversité culturelle, notre savoir local et notre recherche. Les langues comme le français et l'anglais sont des outils sérieux d'accès à la modernité. Notre stabilité dépendra de choix raisonnables de généralisation et de variation.»(3)

Dans ce passage, la présentation des verbes m'enchante: si l'arabe est l'avenir (emploi du verbe «gagner» au futur), et les langues occidentales sont le réel «palpable» (emploi du verbe «être» au présent), pourquoi crier pompeusement à l'intégration de tamazight? La langue amazighe est nommée au pluriel «idiomes» éventuels (emploi du verbe «trouver» au conditionnel, accolé de la modalité «devoir»). Le contingent, renforcé par le verbe «trouver», est alors le seul sort réservé à l'amazighité du pays. Par contre, tamazight n'est pas une minorité linguistique comme le prétend l'écolinguiste, elle doit être la culture-langue dominante dans son propre espace naturel. Y est-il précisément question là de la glottodiversité ou de la glottophagie? Encore, faut-il remarquer que les langues dominantes (de l'orient ou du nord) sont vues comme des outils «d'accès et de devenir» alors que tamazight (d'ici) est perçue comme un objet, quelque chose de dominé et d'insignifiant. Où est-elle alors l'écologie des langues? Surtout, si l'universel et le moderne sont justement propres aux langues dominantes, et le local à la langue dominée (tamazight), de quelle stabilité entend-il parler l'écolinguiste? Et des choix raisonnables qu'entend-il au fond?

Là, à la lecture de ce texte, une image me vient spontanément à la tête: Au lieu de retirer le poignard qui éventre tamazight, l'auteur écologiste enfonce encore le coup. Tout le texte «de sociolinguistique» est, hélas, pourvu d'une argumentation qui va dans un sens, le détruit, repart dans un autre pour nous offrir des promesses et des idées périmées. L'écolinguiste ne dit rien de la politique d'homogénéisation menée avec plus de violence au Maghreb depuis l'indépendance qui détruit, à grands pas, et à dessein, la culture-langue du peuple. De cette tamazight langue-culture menacée, le linguiste ne dit scientifiquement rien, et de l'arabe «menacé et en voie de disparition» il ose tout dire. Son écologie, bizarrement, se limite à la vénération exagérée de l'arabe et à l'héroïsation simpliste... La logique d'inversion meut cette science du langage, et tant d'autres domaines...

Comment se présente-t-elle alors l'écologie des langues au Maroc? Poser la question de la sorte amène à reposer d'autres interrogations plus complexes. Plus osées. Comment lire ce moment de rénovation de l'environnement linguistique par la scolarisation de tamazight? Faut-il nourrir des attentes?



2.- Les problèmes linguistiques sont les maux de l'être

Les problèmes linguistiques du Maroc sont le résultat de la confusion sur le plan identitaire. Les politiques linguistiques ont toujours ravivé l'intensité de ces problèmes et accru leur degré. Quelle est notre origine? Qui suis-je? D'où viens-je? Où vais-je? Que fais-je? Que faut-il faire pour continuer à être? sont des questions omniprésentes pour le maghrébin à tout moment de décision ou de réflexion… Et ces questions-maux ne trouvent pas de légitimité ni de place. Cette crise émane directement de la confrontation qu'on a régulièrement avec la langue. L'on parle une langue, l'on pratique une culture, l'on rencontre une autre voix et une autre pratique dans le formel et l'institutionnel (l'école, l'administration, par exemple). On ne nous dit jamais dans la rue, au travail, en classe, dans les administrations et à la télévision: tamazight a plus de cinquante siècles, elle est une langue autonome. Il réunit, certes, un ensemble de traits communs avec le copte, l'amharique, l'arabe et l'hébreu. Mais, elle est à part. Le linguistique est l'identitaire en soi…

En effet, le linguistique et l'identitaire cohabitent intimement dans un même creuset, constituant les bases de tout pays. Le respect du linguistique est une donnée démocratique à l'instar de l'identitaire. Au Maghreb, la question de la langue pose irrémédiablement des enjeux idéologiques, à commencer par les adjectifs de classification, et surtout de reconnaissance et de définition. Les préjugés se prolifèrent de même. L'arabe est là, langue officielle, nationale, nationaliste, sacrée… Tamazight, cette autre langue est non officielle (évidemment), non nationale (on commence à parler statistiques), non nationaliste (on brandit l'épouvantail de la division et de la guerre civile), non sacrée (on décompte les mauvaises choses qu'on peut formuler dans ce code profane). Cela a, en général, d'importantes retombées sur le paysage linguistique.

Le statu quo est le même esquissé par l'écolinguiste marocain: le français est une langue pour les intellectuels, l'anglais pour les technocrates, l'arabe pour les théologiens, l'espagnol pour les bons vivants. Et qu'est-il de tamazight? Qu'en faire? Elle ne sert à rien. Rien qu'à perdre d'autres décennies loin de la technologie, de la science, de la voie correcte et de la voie suprême. Rares, donc, sont les Maghrébins qui vont se sentir animés et enthousiastes à enseigner à leurs enfants leur langue autochtone, et surtout maintenant que le Ministère de l'Education nationale prépare tohu-bohu des programmes, des enseignants et des manuels pour l'enseignement obligatoire de tamazight. Par anticipation gratuite, nous imaginons que cette insertion nécessite tant d'efforts (de volonté et de courage).

D'ailleurs, au Maghreb, faut-il juger (positivement ou négativement) la centenaire décision des parents à faire enseigner le français, l'espagnol ou l'anglais à leurs enfants? Et de quel droit peut-on les juger? Peut-on inverser la tendance? Quels sont les moyens pour réussir cela? Il s'agit là d'un ensemble de questions difficiles à résoudre; elles posent pas mal de problèmes. Plutôt, il faut tenter d'expliquer ces choix où l'on peut lire clairement que ces parents, souvent riches et bien cultivés, ont besoin de cela (car ils se plaisent à prendre de la distance «universaliste» vis-à-vis de leurs racines), ou bien ils pensent que ces langues répondent parfaitement à leurs attentes (car ils attendent tant de bénéfices pour des âmes / esprits qui demeurent misérables), ou bien ils voient que ces langues véhiculent des idées «lumineuses et puissantes» (car ils vont fonder d'autres visions, plus valables, afin de parfaire le réel déchu culturellement). Que ces préjugés et ces réflexions «composites» disparaissent de la vie quotidienne avant de parler d'une vraie insertion de tamazight dans son propre environnement.



3.- Du paysage linguistique «en érosion»

Découvrir le paysage linguistique en Afrique du Nord est une tâche difficile où les enjeux idéologiques s'avèrent manifestes à toute explication ou analyse, où les accusations sont faciles à tomber quand l'on commence à défendre le local, le réel et l'authentique. Là, la question de la langue reste toujours posée. Une très vieille question, elle est millénaire. Dans le texte sus cité, l'éminent linguiste marocain l'a complètement négligée. Il ne décrit, non plus, la situation des langues. Il ne l'explicite point. Comment au Maghreb les rapports entre langues évoluent-ils? Les interactions entre les langues, au sein de la société, sont à peine esquissées. Les langues n'ont de valeur que dans leur fonctionnement au sein des institutions et des administrations. Le linguiste marocain ne veut pas dire: l'arabe est constitutionnellement une langue officielle, le français est institutionnellement omniprésente, l'amazighe est en réserve dans les contrées de la misère, de la sécheresse et de l'oubli. Ce paysage linguistique est sous l'effet d'une «érosion» provoquée historiquement par les institutions; les désastres linguistiques sont difficiles à mesurer, à décortiquer ou à compter. Pour lui, la langue arabe est une construction monolithique, faite de modèles absolus. Du bilinguisme arabe / amazigh, on ne veut pas entendre, et de cette situation où les deux corps se télescopent on ne dit rien. Tamazight se trouve dans une situation difficilissime, comme si elle appartenait à l'altérité. Les effets du bilinguisme au Maghreb mènent indispensablement au monolinguisme, comme c'est le cas pour le français / l'arabe où la culture gauloise l'emporte largement. Ainsi, au contact entre tamazight et l'arabe, des interactions similaires apparaissent. Le local est évincé, et l'externe entend s'enraciner. Cela peut tout expliquer. Car les rapports entre l'arabe et tamazight sont déséquilibrants: depuis longtemps la transfiguration de cette langue «grossière, terrestre, immonde» est présentée sans ambages. D'ailleurs, pourquoi plus on s'approche de l'Arabie le nombre des amazighophones se réduit?

Faut dire encore une chose évidente, celle que le texte d'«écolinguistique» oublie «majestueusement»: l'environnement linguistique est très contaminé au Maghreb. D'où la difficulté à voir clair les choses, et la négligence de toute objectivité. De cette pollution découlera l'élimination «préparée» d'une langue, et son remplacement par d'autres qui véhiculent plus autre chose que la culture authentique de ces pays. C'est bien tamazight, la langue autochtone, qui souffre de cet état fatidique. Les causes sont claires: cette langue vit non seulement dans la marge, mais elle est la Marge. Elle est défavorisée et frustrée dans son contact avec les autres langues fortifiées par les appareils de l'Etat. Et chez les citoyens naissent facilement des enchaînements de préjugés, des sentiments d'infériorité intériorisés, des attitudes négatives envers le propre. Cette pollution, clairement linguistique, a comme premier point négatif, l'absence de paix «linguistique»; trop de préjugés et d'attitudes négatives circulent facilement pour embrouiller l'identification du citoyen avec son milieu. L'ethnicité est mal vue, jugée n'importe comment. D'un point de vue purement écologique, la langue autochtone (première) peut, seule, assurer l'équilibre linguistique. Le Maghreb, vu comme un regroupement socioculturel, vit des fractures inguérissables, parmi lesquelles il faut surtout compter le déséquilibre linguistique ou la non identification linguistique. Que parle-t-on en Afrique du Nord? s'avère bizarrement une question difficile à résoudre. Peu d'études marocaines sont présentées, rarissimes sont les analyses objectives de l'environnement linguistique.

L'écolinguiste marocain, en plus de ne point décrire le paysage linguistique dans son évolution destructrice au Maroc, n'ose pas prédire ce qui, dans cet état chaotique, aura lieu. De toute cette pollution et de cet état de dégradation linguistique, il ne dit rien.



4.- Statut de tamazight dans le paysage linguistique marocain

Quel statut a-t-elle tamazight dans le Maroc du vingt-et-unième siècle? A l'instar des autres pays du Maghreb, le statut demeure définiment le même: le blanc. La rature, l'effacement, le silence, la correction, la retouche, le grattage et la contrition sont les différentes formes d'être de cette langue première. Dans le paysage linguistique du Maghreb, il n'y a pas de stabilité ni de symbiose entre les langues d'un espace. Tout d'abord, les interactions sont difficiles à lire, à analyser ou à expliquer. Trop de préjugés seront émis. La victime est tout simplement la «première» langue du Maghreb.

Toutefois, considérons quelques énoncés, fabriqués toute pièce par le biais de l'imagination, pour voir de près et «comprendre» le statut de tamazight au Maghreb:

Exemple 1:

Imaginons une enseigne: «Maghreb Amazigh»

On hésite trop avant de déchiffrer cet énoncé. On le trouvera «fort», «raciste», «sécessionniste», «caduc», «fou»… Personne ne peut l'accrocher… Une telle enseigne ou pancarte fait peur. Conclusion: Degré zéro de tolérance

Exemple 2:

Imaginons quelqu'un de «sérieux» dire sérieusement: «Tamazight peut faire avancer le Maghreb vers la démocratie.»

On dira de tout cela: ceci est insensé. Si tamazight est un produit «peu valable, vulgaire et absurde», comment peut-elle être le moteur vers le progrès et l'Etat démocratique? Aucun politique ou responsable ne peuvent «raisonner» de la sorte. Conclusion: Degré zéro de réalisme.

Exemple 3:

Imaginons quelqu'un qui prend la décision suivante: «Tamazight est à choisir en premier car c'est notre première langue.»

Rares sont les gens qui vont faire ce choix; il s'agit d'un code stérile. Il ne peut convenir aux citoyens qui regardent ailleurs. Pour les marocains, peut-on leur prouver que l'arabe n'est pas la langue première (dans toutes ses significations)? La langue officielle, si elle n'est pas identitaire, va vivre en crise. Voilà l'acmé linguistique qu'il faut dénouer et résoudre… Conclusion: Degré zéro d'identification.

Exemple 4:

Imaginons le peuple hurler fort: «Tamazight est à l'école! Au collège! A l'université! Au tribunal! Sur les enseignes! Dans la Constitution! »

Voilà l'Insensé, l'Absurde et l'Inimaginable! Le statut de la langue amazighe est à préciser au sein de ce brouhaha médiatique, et à lire comme un coup électoraliste. Par conséquent, défendre tamazight relève de l'impossible, tout simplement car on ne peut pas tout dire. Cela est vrai. Conclusion: Degré zéro d'espérance.

Après ces quatre exemples, une paire de questions restent posée: Quelles sont les interactions de tamazight avec les autres langues? Et ses valeurs dans le milieu où elle fonctionne? Les institutions supposent qu'une politique linguistique «raisonnée» est celle qui pose l'arabe en tant qu'être officiel apte à recouvrir tout l'univers traditionnel, le français en tant qu'être d'ouverture sur le monde moderne. Où faut-il situer (poser) le corps de tamazight? Nulle part. Peut-on parler d'un projet de société au Maroc si tamazight demeure timide et indéfinie au moment de décider du statut de la langue et de la culture amazighes?



5.- Aires d'usage

Si la langue est l'être, qui est amazigh? Qui ne l'est pas? Pourquoi n'est-il pas possible de faire le recensement des amazighophones? Par conséquent, il est difficile de parler des aires d'usage de tamazight. Il y a ceux qui se pressent à diviser géographiquement les amazighophones et les arabophones: les montagnes et les villages pour les premiers, les plaines et les villes pour les deuxièmes. Voilà le genre d'explications qu'on entend souvent pour avoir un haut-le-cœur, comme si l'Afrique du nord était un espace d'immobilisme total et d'histoire emboîtée. L'amazighophonie doit demeurer une inconnue.

Revenons à l'écolinguiste marocain, il continue à développer ses prédictions «à propos de la langue adéquate pour l'enseignement et le savoir»: «Le débat autour de la langue d'enseignement a été et reste profondément monolingue. La fierté nationale et la défense de l'identité imposent le choix de l'arabe comme langue d'enseignement, choix adopté dans l'enseignement public.»(4). Il ne prévoit aucun changement dans les aires d'usage, comme si tout allait bien dans cette structuration «didactique et pédagogique» en défaillance totale. La fierté est de renier la composante principale de cette société, et la défense de l'identité est de se jeter dans les filets de l'altération. Toute construction de l'être «premier» est à éviter. A ce propos, rappelons que la langue est un outil identitaire tout court, tout ce qui vient en plus pour la qualifier est du pur démagogique. Et les choix de l'Etat sont autres. Par rapport à l'exemple (3), la question du choix est nulle. Le choix est imposé par des idées obscures et abstraites. Ce choix posera davantage de problèmes dans les aires d'usage. L'environnement graphique (symbolique) au Maroc se présente sous différentes facettes: il est arabophone, francophone, castellanophone ou anglophone. Où est l'originel? Quel est le statut de l'amazighophone? Quelles sont ses aires? Quel est son fonctionnement dans son espace? Rarissime, peu présent, à peine convenable.

Citons, juste pour discuter, l'aire la plus importante: l'école. Dans cette enceinte, l'enfant amazighophone est égorgé; et si l'on prétend défendre ces enfants pour qu'ils acquièrent «adéquatement sa langue nationale officielle à travers une immersion précoce»(5). Cet exercice systématique a des retombées catastrophiques dans la formation de la personnalité. Le développement cognitif de l'enfant marocain est avorté à l'âge de son entrée à l'école, et la scolarisation ne signifie alors plus formation, mais sa déformation. Justement de là surviennent tous les maux et les complexes connus: l'enfant vit comme s'il n'avait pas de première langue, une part importante de son identité, comme si il était une «pâte à remodeler».

La première identité du Maghreb, que l'on veuille ou non, est amazighe. Que l'on parle du patrimoine linguistique identitaire et culturel, c'est de tamazight qu'il est nécessairement question. Là, les instances officielles mettent en œuvre trop de moyens «ridicules» afin de cacher le manifeste, de renverser le fixé, de retisser le structuré, de réorganiser l'ordonné, de refaire le déjà fait. Elles s'exercent à se refaire pour parfaire les buts…



6.- Tamazight, quelle place institutionnelle?

C'est de l'institutionnel que proviennent les problèmes majeurs pour l'amazighité. A ce propos, comment lire les articles de la Constitution qui ne stipulent point et rien à propos de l'identité première (l'amazighe)? Comment revoir les institutions et les administrations qui ne reconnaissent l'amazighité du pays? Pourquoi la langue tamazight a-t-elle un statut institutionnel au Mali et au Niger et non pas dans les pays de l'Afrique du Nord? Par là, l'intégration de tamazight à l'école ne vaut rien sans une inscription dans la Constitution, et une marque physiquement identifiable et d'identification dans les institutions. L'on se précipitera à nous répondre que tamazight est à l'école, cela est assez pour le moment. Il faut savoir attendre, se patienter. Mais ce qui fait peur: l'Etat a sa vision de la politique linguistique à suivre afin de pérenniser et d'assurer sa légitimité, et pour cela il renie l'amazighité dans les exercices de la scolarisation, des médias et de l'alphabétisation. Où est sa politique linguistique qui prend en charge l'amazighité? L'Etat oublie: sans la stabilité linguistique, il est difficile de parler de paix ou de communication dans une société. Et si les institutions de l'Etat prétendent vouloir communiquer avec les gens, la question de la langue est alors à repenser profondément au Maroc.

Au Maghreb, on a voulu faire de l'identité première une structure accumulative sans préciser ses formes, celle qui puisse donner autre chose de ce qui est. Cela est complètement erroné. La fragmentation de la société marocaine est alors là, elle commence par la mise en marge de la langue maternelle, et par l'évacuation de la culture autochtone. C'est pourquoi, il faut une politique démocratique, c'est-à-dire basée principalement sur les droits linguistiques qui forment le contact entre les membres du groupe. Une politique «raisonnée».

Rappelons une autre question: Tamazight est elle une langue en voie de disparition? Parmi les 4 000 000 langues existantes sur terre, plusieurs milliers sont en danger de disparition. Ce n'est pas la loi de la nature, mais celle de l'homme qui est derrière cette érosion linguistique. Tamazight, et non pas l'arabe comme le veut prétendre le sociolinguiste marocain, qui est sur la liste des «langues en voie de disparition». Une langue dominée a des difficultés au moment de la transmission d'une génération à une autre. Le manque de reconnaissance étatique, la non transmission du berbère dans le milieu urbain et la non promotion socio-économique peuvent, à eux seuls comme facteurs, tout expliquer. Aussi, il y a d'autres raisons. Pour bien des gens, lorsqu'on se réfère à tamazight, et l'idée de babélisation surgit, et l'homogénéisation de l'héritage linguistique marocain apparaît, et pour éviter la rencontre de ces «cauchemars», il faut jeter cet héritage dans l'oubli. Ceci peut expliquer également le fait qu'il y ait, par-ci par-là, des ennemis de l'entrée de tamazight à l'école, qui disent qu'elle ne peut pas s'enseigner, qu'il faut éviter sa promotion qui nous mènera vers le chaos.



7.- Tamazight à l'école, tamazight hors de la classe

Parler de tamazight présuppose un ensemble d'attentes. Maintenant que le ministère de l'éducation nationale prépare l'entrée de tamazight à l'école, que faut-il attendre? Les Imazighen doivent avoir les idées claires, et une volonté d'être inébranlable. Ils pourraient savoir ce qui réalisable à court terme, et les tâches «primordiales» à remplir, à long terme, par leur langue-culture. Une autre chose est à connaître / découvir: est-ce que l'école marocaine va respecter l'enfant, elle qui naguère «humiliait» le petit amazighophone? Faut également répondre à cette question: par cette introduction, cherche-t-on (là je parle des décideurs) à rendre centrale cette langue encore considérée périphérique? Ou bien à la placer définitivement dans la case du périphérique? Cette introduction, a-t-on peur encore, peut-elle être au fond une manipulation du paysage linguistique marocain afin de le parfaire (corriger) ou afin de le redresser? Là, les questions se précisent: sera-t-elle tamazight un objet d'étude ou un moyen d'enseignement? Cela n'est pas précisé. Cette imprécision fait peur aux décideurs, et que dire des militants qui attendent tant de ces initiatives?

Cette entrée à l'école de tamazight doit être accompagnée d'autres incursions: la télévision, la radio, les pancartes, des campagnes de sensibilisation, l'alphabétisation… Encore, si on n'investit pas l'amazighe à l'école et dans la vie quotidienne et professionnelle, d'utilité et de bénéfice, cette langue ne survivra pas longtemps. A ce moment, cette intégration ne serait-elle pas désintégration délibérée? Donc, une vraie réconciliation avec l'amazighité du pays demande l'attribution de ces valeurs à l'héritage marocain, que par tamazight le citoyen marocain «s'attribue» des privilèges et des intérêts. Tamazight serait alors positive...

Toutefois, la politique éducative menée dans les pays met Tamazight dans la zone du vulgaire. Que l'on crée alors les conditions pour parler de la réconciliation avec cet héritage longuement renié. Ce qui manque à tout cela, c'est de l'autocritique. Qu'on énonce clairement les méfaits contre tamazight… L'autocritique doit être un exercice permanent. Je pense que tamazight à l'école, comme expression d'une réconciliation avec l'être marocain, à laquelle nous recherchons les formes, constitue un pas gigantesque dans la démocratie. Je pense aussi que, comme une nouvelle étape de l'école marocaine qui renoue avec les racines, elle soutient l'idée de relecture des autres domaines (sociaux, économiques, culturels et institutionnels). Je pense enfin qu'une telle initiative équilibrante peut mener les pays de l'Afrique du Nord vers le réel développement général.



En conclusion…

Je n'ai nulle prétention de résumer en ces quelques traits ni l'écologie de la langue en Afrique du Nord ni non plus la nouvelle situation (complexe) de tamazight à l'école, cet espace qui ne s'ouvre pas réellement sur l'amazighité de ce pays. Je veux juste insister sur le fait suivant: les conditions qui déterminent cette nouvelle expérience de scolarisation vont l'emmener vers un échec sûr et cuisant. Si on ne place pas tamazight dans l'équation de la demande et de l'offre, comment envisagera-t-on alors son enseignement? Si elle est un moyen d'ascension socio-économique, tamazight peut aller en avant, si elle est également fonctionnelle, elle peut aussi avancer… Sans réconciliation, sans autocritique, sans planification objective, la planification linguistique échoue sans doute. Plus précisément, l'enseignement, l'administration et les mass médias sont les seuls moyens qui peuvent réconcilier la langue avec son espace. Tamazight aura alors fait un pas réel à l'école que si elle est reconnue comme transdisciplinaire.

Le citoyen marocain ne peut pas comprendre que sa langue «maternelle ou première» soit une absence voulue… Le côté irrationnel verse l'amazighité dans l'extra historique. On retient, à la lecture des cours de l'histoire, que l'amazighité du Maghreb est refusée par les siens et par les autres… Pour finir, que l'on dise: Cette absence d'autocritique implique essentiellement qu'on refuse l'«amazighité». C'est par pitié qu'on l'intègre, jamais par «droit d'être». C'est là toute la différence.



NOTES:

(1) Louis-Jean Calvet, Pour une écologie des langues du monde, Plon, Paris, 1999, p.17.

«Et si l'écologie est la science qui étudie les rapports entre les organismes et leur milieu, l'écologie linguistique étudie les rapports entre les langues et leur milieu, c'est-à-dire d'abord les rapports entre les langues elles-mêmes, puis entre ces langues et la société.»

Voilà quelques références 'importantes' sur l'écologie linguistique: Albert Bastardas i Boadia, Ecologia de les llengües. Medi, contactes i dinamica sociolinguistica, Proa, Barcelona, 1996; Louis-Jean Calvet, Pour une écologie des langues du monde, Plon, Paris, 1999Ê; inar Haugen, The Ecology of Language, Stanford University Press, 1972; Peter Mühlhausler, Linguistic Ecology, Routledge, London and New York, 1996.

(2) Abdelkader Fassi Fihri, Langue et écologie, éditions Az-zaman, kitab al jib n° 1, Casablanca, 2003.

Cette écologie linguistique n'a rien à voir avec celle des pionniers: Einar Haugen, Albert Bastardas i Boada, Peter Mühlhäuser ou Salikoko Mufwene.

(3) ibid. p. 49.

(4) ibid., p.72.

(5) ibid. p.24.

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